Post Rock ?

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Annee de sortie: 2010

Les contours du rock sont en perpétuelle évolution et entourent un phénomène bien trop large pour espérer être décrypté d’une façon qui convienne à tous ses acteurs et surtout amateurs de cette musique. Ce n’est pas forcément plus facile de s’attaquer à une sous-branche, mais je vais tout de même tenter de présenter mon point de vue sur un terme qui fait souvent sourire puis intrigue ceux qui le découvrent, le post-rock.

« Music using rock instrumentation for non-rock purposes, using guitars as facilitators of timbre and textures rather than riffs and power chords. […] Perhaps the really provocative area for future development lies… in cyborg rock; not the wholehearted embrace of Techno’s methodology, but some kind of interface between real time, hands-on playing and the use of digital effects and enhancement. » Simon Reynolds (The Wire, 1994).

L’apparition du post-rock dans les années 90 amènent une série de groupes à proposer une musique se libérant des contraintes du format chanson. C’est peut-être là qu’il faut trouver un semblant de définition du post-rock, c’est à dire un rock libre du carcan que pose la présence d’une voix mise en avant mais continuant à tourner autour de l’instrumentation guitare/basse/batterie et, pour la plupart, du rythme binaire. Les premiers musiciens à s’engager dans cette direction cherchaient d’ailleurs certainement également à débarrasser le rock d’un quelconque discours, du culte de la personnalité associé au rôle de frontman, et des contraintes que pose la présence d’une voix pop sur la structure d’un morceau.Pour reprendre l’historique, à la fin des années 80, le post-punk (Joy Division) et la new wave (The Cure) laissent la place à d’autres groupes rock indépendants qui seront qualifiés d’indie-rock, des groupes comme My Bloody Valentine, Dinosaur Jr, The Jesus and Mary Chain, The Cocteau Twins qui influencèrent ensuite toute une génération de rockers. Une partie d’entre eux initia le shoegaze, style de rock où les guitares sont utilisées pour créer des textures sonores noyées d’effet, sur des notes ou accords joués au médiator dans un staccato rapide, qui depuis fleurissent dans une bonne partie des groupes post-rock.

Slint - Spiderland (1991)

Bark Psychosis - Hex (1994)

Tortoise - Millions Now Living Will Never Die (1996)

Mogwai - Young Team (1997)


Au milieu des années 90, certains groupes comme Tortoise et Mogwai gagnent ainsi en notoriété en proposant une musique dans la continuité de ces groupes. Le terme post-rock prend au fur et à mesure une définition de plus en plus large, si bien que certains groupes qualifiés ainsi aujourd’hui n’ont pas grand chose à voir entre eux.Apparu en 1994 sous la plume d’un chroniqueur du magazine The Wire, Simon Reynolds, au sujet de l’album Hex de Bark Psychosis, le terme désigne à l’origine l’initiative de musiciens rock de créer une musique qui n’est plus basée sur des riffs ou des accords, les formes d’arrangements sur guitare les plus adaptées comme support pour du chant, qui sont la base du rock classique, mais sur une instrumentation libérée, ainsi le style est souvent associé à de la musique instrumentale. Pourtant ce n’est pas l’absence de chant qui le définit mais l’utilisation de rythmes et mélodies qu’on ne trouvait pas dans le rock classique, inspirés du jazz, de la musique classique, de la musique électronique, de l’ambient et en général de musiques expérimentales, et des formats de morceaux ne correspondant plus aux structures « couplet-refrain-pont ». En fait une sorte de version plus complexe et théorisée du rock qui en garde tout de même ce qui l’a rendu si populaire, son énergie et ses sonorités, mais auquel on aurait accolé l’esprit Do It Yourself du punk et le côté arty du jazz, ce qui lui forme une image « nerdy » de musique élitiste.Finalement le post-rock est un mouvement assez récent, qui ne se précise vraiment qu’à la fin des années 90 et qui continue à proposer des albums majeurs au court des années 2000. Certains auront tendance à penser que les groupes apparaissant désormais sur cette scène semblent incapables d’innover, de se séparer de l’influence de leurs ainés, d’autres, dont je fais partie, sont souvent surpris par l’inventivité et l’intérêt de certaines sorties du style. Le fait est que le terme post-rock est désormais ancré dans l’histoire du rock, et se décompose même désormais en différents courants.

Sigur Rós - () (2002)

Godspeed You! Black Emperor - Lift Yr. Skinny Fists Like Antennas To Heaven (2000)

Explosions In The Sky - The Earth Is Not A Cold Dead Place (2003)

From Monument to Masses - The Impossible Leap in One Hundred Simple Steps (2003)


De nombreux groupes de post-rock affectionnent des structures abusant de la répétition et du crescendo, les longues envolées apaisées évoluant en des montées de tension, et proposent en général une musique épique et atmosphérique (Mono, Sigur Rós, Gregor Samsa), parfois étayée de cordes (Godspeed You! Black Emperor, A Silver Mt. Zion, The Evpatoria Report). Certains groupes axent principalement leur musique sur un entrelacement de guitares arpégées et pianos (Explosions in the Sky, God Is An Astronaut), sur des cinématiques (Red Sparowes), s’inspirent directement du jazz (Do Make Say Think), où combinent instruments et sons électroniques (65daysofstatic) alors que d’autres réinjectent de l’énergie dans un post-rock musclé (From Monument To Masses).D’autres groupes rock instrumental proposent une musique résolument moins mélancolique, et beaucoup plus axée sur la complexité des arrangements, dans la veine directe des groupes progressifs des années 70 (King Crimson, Frank Zappa). Parmi eux, les groupes qualifiés de math rock sont dans le prolongement du post-rock dont ils gardent les principes tout en se limitant à des formations réduites axées sur les guitares et un batteur, parfois en duo, la plupart du temps sans chant, avec une énergie dédoublée et en accentuant énormément la technicité du jeu des musiciens. Le math rock est ainsi un rock surchargé, riche, aux signatures rythmiques difficiles à suivre, avec un côté « je t’en met plein la vue » qui peut parfois en être fatiguant. Dès la moitié des années 90, de nombreux groupes du style apparaissent ainsi : Slint, Polvo, Chavez, Don Caballero, Cul de Sac

Plus récemment, de nouveaux groupes de rock instrumental ont fait leur apparition, proposant une musique plus puissante, progressive et psychédélique. Influencés par le stoner (Karma to Burn) et le post-hardcore (Isis), ces groupes n’hésitent pas à apposer au discours post-rock des guitares à la saturation lourde, appuyées par une basse grondante, et à accentuer les crescendo vers des riffs d’inspiration metal. On pense à Pelican mais aussi à Russian Circles ou The Cancer Conspiracy.

Sites web dont l’objet est le post-rock :
http://www.rockpost.fr/
http://www.thesilentballet.com/

Festivals consacrés à cette musique :
– Rhaa Lovely Festival (http://www.rhaaalovely.net/)
– All Tomorrow’s Parties (http://www.atpfestival.com/)

Chroniques regroupées par esprit :



– post-rock épique à crescendo
Mogwai, Godspeed You! Black Emperor, A Silver Mt. Zion, Explosions in The Sky, Mono, The Evpatoria Report, This Will Destroy You, Mùm

mogwai - mr beast this will destroy you - this will destroy you mono - you are there the evpatoria report - golevka magyar posse - king of time



– post-rock atmosphérique
Sigur Rós, Gregor Samsa, Apse, Landing

sigur ros - með suð í eyrum við spilum endalaust gregor samsa - rest apse - spirit landing - sphere



– post-rock jazzy
Tortoise, Do Make Say Think, The Drift, Kayo Dot

do make say think - you, you're a history in rust the drift - memory drawings kayo dot - blue lambency downward



– post-rock électronique/expérimental
65daysofstatic, Tarantula Hawk

65daysofstatic - the end of small ideas tarantula hawk - album 2



– math rock
Slint, Don Caballero, Hella, Battles, Ahleuchatistas, Sleeping People, Chevreuil, Cheval De Frise

don caballero - world class listening problem hella - theres no 666 in outer space ahleuchatistas - what you will sleeping people - growing
chevreuil - science cheval de frise - fresques sur les parois secretes du crane Battles – Mirrored



– post-rock progressif
From Monument To Masses, Red Sparowes, The Cancer Conspiracy, Goodbye Diana, Microfilm, Shora, Gifts From Enola, Maserati, Ostinato, Albinobeach

red sparowes - every red heart shines toward the red sun microfilm - stereodrama shora - malval gifts from enola - loyal eyes betrayed the mind
maserati - inventions for the new season ostinato - chasing the form albinobeach - ep Goodbye Diana - Odds and Ends



– post-rock/post-metal
Isis (derniers), Pelican, Russian Circles, Tides, Irepress, S-pam, Maybeshewill

isis - in the absence of truth pelican - city of echoes russian circles - enter tides - resurface
irepress - samus octology s-pam - s-pam maybeshewill - not for want of trying
jonben

Chroniqueur

jonben

Krakoukass et moi avons décidé de créer Eklektik en 2004 suite à mon installation à Paris, alors que disparaissait le webzine sur le forum duquel nous échangions régulièrement, ayant tous deux un parcours musical proche entre rock et metal, et un goût pour l'ouverture musicale et la découverte perpétuelle de nouveautés. Mes goûts se sont affinés au fil du temps, je suis surtout intéressé par les groupes et styles musicaux les plus actuels, des années 90s à aujourd'hui, avec une pointe de 70s. J'ai profité pendant des années des concerts parisiens et des festivals européens. J'ai joué des années de la guitare dans le groupe Abzalon. Mes styles de prédilection sont metal/hardcore, death technique, sludge/postcore, rock/metal prog, avec des incursions dans le jazz fusion et le funk surtout, depuis une île paumée de Thaïlande. 

jonben a écrit 497 articles sur Eklektik.

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5 Commentaires

  1. obeldod says:

    Très bon article. Cela dit, je me demande toujours pourquoi on ne parle jamais des magnifiques Cult of Luna dans ce genre d’articles. L’un des groupes les plus talentueux qui soient, pourtant.

    • jonben jonben says:

      Effectivement Cult of Luna ont des morceaux qui auraient pu mériter que leur nom figure à côté d’Isis dans cet article, mais je trouve que Cult of Luna ont moins dévié du post-hardcore/sludge vers le post-rock sur leurs derniers albums. Du coup, la vague post-hardcore étant désormais passée, un article pour faire le point sur cette dernière serait intéressant et Cult of Luna y aurait une place prépondérante.

  2. Rémi says:

    Pareil, je trouve que Cult of Luna aurait eu sa place aux côtés des poussifs Isis. Même si je comprend ton explication Jonben.

    Sinon, super article. Et ça fait plaisir de voir nommé des classiques genre Gregor Samsa et Landing, ils méritent un peu d’attention.

  3. Rémi says:

    ha, et pour le côté planant (avec du chant) je recommande aussi Spokane, genre l’album « Able Bodies » (2002).

  4. Mr.Loutre says:

    Pour avoir vu Russian Circles sur scène c’est vraiment monstrueux, sinon bel article jonben.

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