Chroniques Express : les oubliés de 2019

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Annee de sortie: 2019

Avant d’attaquer le bilan de l’année 2019 désormais derrière nous (bonne année à tous au passage!), il convenait de s’assurer d’avoir pris le temps de traiter les quelques albums qui n’avaient pas pu faire l’objet d’une chronique durant l’année faute de temps ou de découverte en temps et en heure. A côté de « grands » nom comme Tool ou Torche, se côtoient en effet des groupes beaucoup plus confidentiels et même de vrais outsiders potentiels. Parmi tous ces disques certains devraient même (Lord Mantis par exemple) figurer en bonne place dans les albums à retenir de 2019. Comme d’habitude on prend notre temps pour balancer nos tops annuels, parce qu’on a maintenant suffisamment d’expérience pour savoir qu’il faut un peu de temps pour tirer un vrai bilan et l’histoire nous montre chaque année, que même l’année terminée, on continue à découvrir des albums de ladite année, même tardivement. Prudence donc avant d’établir un bilan peu ou prou définitif… En attendant, cap sur 14 albums oubliés des chroniques en 2019.

ToolFear Inoculum (RCA)

Et oui, aussi incroyable que cela puisse sembler, nous n’avons pas chroniqué l’album événement par excellence de l’année 2019, qui marque le retour des américains de Tool après 13 looooonnngues années d’absence. Difficile de ne pas mentionner la polémique sur la sortie de « l’objet », édition limitée de l’album en CD à 80€ pièce (du moins dans notre beau pays, puisque vendu aux US à 50$, le taux de change appliqué est décidément toujours étonnant) qui était alors la seule possibilité de se procurer l’album en version « physique » (depuis, une nouvelle édition limitée sans écran est sortie, avec des cartes et un format un peu atypique, pour la bagatelle de 40€ cette fois, mais toujours aucune version « standard » basique en vue à notre connaissance). Au-delà de cet aspect mercantile qui pose moult questions, et si l’on se focalise sur le plus important à savoir la musique, le constat est heureusement beaucoup plus positif. Sans être aussi dithyrambiques que certains qui voient ici l’album de l’année 2019, et sans négliger l’importance du come-back en lui-même, on peut être très satisfaits de ce retour, surtout après un 10.000 Days qui nous est toujours apparu comme bourré de longueurs handicapantes et inutiles malgré quelques moments de qualité évidemment. Les 6 vrais titres de l’album (en excluant le solo de batterie « Chocolate Chip Trip » et les 3 interludes dispensables et d’ailleurs présents uniquement -faute de place sur le cd- sur la version digitale de l’album) sont tous de qualité, très homogènes aussi ce qui est à la fois une qualité en terme de cohérence de l’oeuvre, et une faiblesse en ce sens que les titres se distinguent assez peu les uns des autres, reposant souvent sur un même schéma de montée en puissance progressive. L’explosion « finale » que l’on peut d’ailleurs attendre à l’issue de ces montées en puissance ne s’avère au final pas toujours aussi satisfaisante qu’espérée. Pour autant on peut se féliciter de trouver paradoxalement (en dépit de sa durée totale importante) avec Fear Inoculum, un album sans longueurs inutiles et qui met en avant les qualité habituelles du groupe. Les fans seront toujours fans, tandis que ceux qui restaient de marbre devant le groupe risquent fort de continuer à ne pas comprendre l’engouement que la bande à Maynard suscite à chaque sortie.

IthacaThe Language of Injury (Holy Roar)

Ça ne devrait pas être permis de passer à côté d’un disque comme ça pendant autant de mois… Sorti le 1er février 2019 sur l’excellent label Holy Roar (Rolo Tomassi par exemple), ce groupe également mené par une demoiselle était complètement passé à côté de nos radars jusqu’à ce mois de décembre 2019. Ces anglais proposent un hardcore/mathcore burné qui balaye tout sur son passage. Évoquant parfois la facette la plus énervée d’un Rolo Tomassi, Ithaca sait quand même distiller des mélodies accrocheuses, notamment dans les parties de guitare. En 31 minutes tout est dit, avec pour seule respiration un très court interlude « (No Translation) ». Excellent album passé beaucoup trop inaperçu mais qu’on commence à juste titre à apercevoir dans quelques bilans de fin d’année.

TorcheAdmission (Relapse)

Torche a sorti un nouvel album en 2019, et continue à faire du Torche… Comme à chaque fois avec les américains, on ne manque jamais d’être séduits par quelques titres (et en particulier par l’excellent morceau titre de l’album, en écoute ci-dessous) de leur heavy rock burné et mélodique, mais on peine à s’y retrouver pleinement sur la longueur. La faute à des titres qui tombent souvent un peu à plat et qui finissent par ronronner et lasser. C’est d’ailleurs le constat que l’on fait à chaque sortie d’un album de Torche : les riffs de mammouth ne suffisent malheureusement pas toujours à faire de bons morceaux… Dans un genre assez proche, on lui préfère finalement assez nettement l’album des belges de My Diligence également sorti cette année.

Lord MantisUniversal Death Church (Profound Lore)

Le retour des frappadingues de Lord Mantis, et surtout le retour au chant de l’emblématique et complètement possédé Charlie Fell, après une prestation remarquée sur le dernier album de Cobalt (Slow Forever). Et quel retour pour les deux!! Toujours aussi suffocante et malsaine, la musique des américains qui patauge toujours dans son style entre black et sludge ne manque pas d’efficacité une fois encore et nous saisit d’entrée sur le très direct « Santa Muerte ». Sur les 7 autres titres le groupe fait ce qu’il fait le mieux, nous maintenant la tête sous l’eau à coup de riffs vicieux et grâce aux hurlements de dément de l’ami Charlie qui ne nous laisse jamais reprendre notre respiration même lorsque ces vocaux sont déformés et robotisés sur le monstrueux « Qliphotic Alpha ». Ces animaux signent rien de moins ici que leur meilleur album et un incontournable de l’année pour qui est un peu sensible au genre. J’ai même envie de dire que ceux qui pensent (comme moi) que le sludge est souvent hyper chiant, pourraient être surpris de constater à quel point Universal Death Church ne l’est jamais, et sait se montrer convaincant et efficace en toutes circonstances, y compris quand le groupe se fait plus atmosphérique (mais pas moins malsain), à l’image de l’excellente deuxième partie du titre « God’s Animal » ou de celle de « Qliphotic Alpha ». Un album en tout point remarquable et réussi qui devrait en toute logique figurer en bonne place dans les bilans annuels 2019, et ce sera amplement mérité.

GostValediction (Century Media)

Jusqu’ici (à mes yeux) simple suiveur de la scène synthwave loin derrière les ténors du genre (Carpenter Brut et Perturbator évidemment), Gost franchit ici un palier intéressant et renforce le pont entre sa synthwave et le metal extrême, comme il avait d’ailleurs déjà commencé à le faire sur son précédent album (Possessor), jusque dans son image à travers sa pochette et les photos promo. On est d’ailleurs surpris au démarrage de l’album d’être cueillis par un morceau au démarrage ultra brutal (« Relentless Passing ») qui rappelle carrément le style d’un Anaal Nathrakh. La synthwave est toujours là et revient d’ailleurs sur la suite du morceau, de même qu’elle domine toujours les débats sur plusieurs morceaux. Mais le changement le plus notable vient de la présence quasi systématique de chant, ce qui permet à Gost de s’affranchir pour de bon de la comparaison avec les leaders plutôt orientés « instrumentaux » only. Clairement la mue opérée par Gost et cette distanciation salutaire d’une scène qui commence dangereusement à tourner en rond, va vraiment dans le bon sens. L’album contient son lot de pépites, à l’image de « Wrapped in Wax » ou du très entêtant « Dreadfully Pious » qui flirte même avec la new-wave.

Rival SonsFeral Roots (Atlantic Records)

J’attendais beaucoup de cet album, même si je ne suis pas spécialement fan du groupe, alléché notamment par une mise en avant prometteuse dans le magazine Rock Hard. J’ai finalement été un peu déçu, même si globalement Feral Roots reste un bon album de rock empruntant à Led Zeppelin ce penchant pour le blues, mis en avant sur certains morceaux  grâce à un chanteur franchement excellent, difficile de le nier. Il s’agit clairement ici d’une simple affaire de goût, qui est moins le mien justement quand le groupe fait parler ses penchants blues sur des titres comme « Sugar on the Bone » ou « Too Bad », et j’ai beaucoup de mal à accrocher aux chœurs féminins sur « Back in the Woods », provoquant malheureusement mon ennui sur une bonne partie du disque. C’est d’autant plus dommage et regrettable que certains morceaux figurent par ailleurs dans les meilleurs morceaux que j’aurais entendus cette année, comme le morceau titre splendide « Feral Roots », ou « End of Forever » également excellentissime. L’album reste recommandé par de nombreux chroniqueurs de la toile ou de la presse écrite, je vous laisse donc vous faire votre propre avis.

Las AvesI Won’t Give Up on Love until I Can Put a Name on it (Wagram)

Un titre bien long et compliqué, une pochette ultra moche, pour un album au final vraiment efficace et réussi dans un registre pop. Electro pop même, et du coup moins rock que le précédent album des français (Die in Shanghaï) qui m’avait déjà beaucoup botté à sa sortie en 2016. D’abord décontenancé par ce changement de style, j’ai vite capitulé devant la beauté de la plupart des titres dont certains m’ont parfois rappelé les excellents Purity Ring, à l’image du magnifique « A Change of Heart » sur lequel la voix angélique de Géraldine fait merveille. Ne pas se laisser tromper par la fausse naïveté que l’image du groupe peut d’abord évoquer, les thématiques abordées sur l’album sont plus intelligentes qu’elle ne paraissent de prime abord. J’avoue sans honte que cet album est certainement un de ceux qui auront le plus tourné chez moi en 2019 et est clairement un indispensable de l’année pour moi dans le registre pop.

SkybloodSkyblood (Napalm Records)

Une petite sucrerie heavy ça vous dit? non? Moi non plus et pourtant cet album est au final plutôt sympathique dans ce registre qui est loin d’être mon registre de prédilection mais qui brasse finalement plus large que le simple heavy metal de pépère. Interpellé par la pochette dont je ne sais toujours pas dire si elle est plutôt chouette ou très kitsch, j’ai découvert que derrière ce groupe se cachait un certain Mats Leven, ancien chanteur de Therion, Candlemass et de Krux entre autres. Loin d’être un amateur donc, et sa voix superbe emporte rapidement l’adhésion à l’écoute de très bons titres comme « The Voice » ou « Wake up the Truth ». Pas un album inoubliable, mais une bonne petite sucrerie sur laquelle je voulais dire quelques mots, car ce bon album peut intéresser certains amateurs, notamment du bonhomme.

SermonBirth of the Marvellous (Prosthetic Records)

Un presque one-man band encore (un gars qui écrit tout et fait tout sauf la batterie et qui s’est entouré d’un batteur pas manchot, à savoir James Stewart de Vader lequel fait d’ailleurs un putain de super boulot, voir par exemple ses roulements de tom fort compétents sur « The Drift ») , sauf que cette fois on ne sait pas qui se cache derrière Sermon, le gazier préférant rester anonyme. Dommage de ne pas en savoir plus sur ce gars qui démontre en tout cas un putain de talent sur ce premier album qui vaut vraiment le détour et que j’ai découvert là encore bien trop tardivement alors que l’album est sorti en juin 2019. Capable de mélanger des tonalités mystico-Tooliennes, du Katatonia, du mellotron aussi sur quelques titres, dans un metal moderne largement séduisant, Monsieur Sermon fait également des merveilles avec son organe vocal majoritairement dans un registre clair très réussi (malgré quelques hurlements ponctuels ou cris en arrière-plan) qui rappelle celui de… Jonas Renkse. Je n’en suis encore qu’à quelques écoutes, mais je pense qu’on tient là un outsider de poids pour l’année 2019 et un disque assez brillantissime sur lequel je vous invite à vous pencher si vous êtes amateur des groupes cités et de metal moderne et raffiné.

This Gift is a CurseA Throne of Ash (Season of Mist)

J’avais pris une énorme calotte avec le précédent album de ces furieux, et ce nouvel album n’a pas grand chose à lui envier. On se fait globalement concasser la tronche pendant 44 minutes, par le blackened core des suédois. Dans le genre qu’ils pratiquent je ne vois personnellement pas un seul groupe capable de balancer la sauce avec une telle intensité. Bizarrement plusieurs médias se sont dits déçus par ce nouvel album reprochant aux suédois de s’enfoncer trop loin dans la partie black de leur musique en délaissant le côté chaotique des débuts du groupe. Ça tombe bien, car j’avais justement trouvé le premier album trop bordélique et chaotique pour moi, préférant largement la folie maîtrisée et plus lisible du deuxième album, que je retrouve à nouveau sur cet excellent troisième album. Pour ma part le contrat est donc largement rempli même si c’est toujours pareil avec This Gift is a Curse : il faut être dans le bon état d’esprit pour avoir envie de se faire massacrer comme ça pendant 3/4 d’heure et heureusement pour ma santé mentale, ça n’arrive pas tous les jours. Mais je me répète : dans leur registre ces gars-là sont clairement les meilleurs.

VoyagerColours in the Sun (Season of Mist)

Sans transition aucune, de la noirceur absolue à la lumière… Le précédent album de Voyager (Ghost Mile) fait partie de mes albums favoris sortis en 2017, j’attendais donc ce nouvel album de pied ferme, d’autant que le premier single diffusé donnait vraiment envie d’entendre la suite. Et bizarrement je reste déçu globalement par ce nouvel album, je n’arrive pas à y retrouver le talent d’écriture et les compositions imparables que j’avais tant appréciées. Le groupe officie pourtant dans le même registre et rien n’a fondamentalement changé, si ce n’est que l’album est à mon sens tout simplement moins réussi que le précédent contenant trop de titres quelconques. J’ai par exemple (étonnamment tant je suis fan inconditionnel de Leprous) beaucoup de mal à apprécier le titre sur lequel apparaît Einar Solberg (« Entropy »), qui tombe à plat à mon avis et dont la voix se marie finalement assez mal avec celle de Daniel Estrin. J’y reviendrai probablement et le temps fera peut-être son oeuvre… ou pas. Quoi qu’il en soit pour le moment c’est la déception qui prédomine malheureusement.

Big Wreck…But for the Sun (Wea)

J’ai été conquis par ce groupe il y a quelques années et notamment par son album Ghosts, et bizarrement je suis un peu passé à côté du cru 2017, écouté certainement une fois distraitement sans envie d’y revenir. Ce nouvel album me semble à nouveau être un très bon cru, par un groupe qui mériterait décidément une plus grande reconnaissance. Armé notamment d’un chanteur rappelant feu Chris Cornell comme peu d’autres, il sait aussi enchaîner les bons titres qui sont ici nombreux. On pourrait peut-être juste leur reprocher de proposer un album un peu long, dépassant l’heure, ce qui est un peu trop pour son propre bien et qui pousser à arrêter l’album avant d’être arrivé au bout. C’est d’autant plus dommage que les bons titres ne sont pas réservés au début du disque et que l’on peut passer à côté de beaux moments. La faut peut-être à « Help is on the Way » qui dépasse les 7 minutes et ne s’avère pas forcément le titre le plus intéressant de l’album. Ce léger handicap empêchera probablement à Big Wreck de figurer dans les indispensables de l’année, mais il serait dommage de ne pas leur laisser une chance tant les américains font preuve d’une constance remarquable dans la qualité.

The Parlor MobDark Hour (BMG)

Là encore, The Parlor Mob m’avait conquis en 2011 avec son album Dogs, et puis le groupe s’était mis en sommeil ou semi-sommeil jusqu’à la sortie d’un EP Cry Wolf en 2015 sur lequel je m’étais à nouveau peu arrêté, à tort ou à raison. Un EP qui présentait des compositions plus ambitieuses et plus longues, 5 titres seulement mais s’étirant bien davantage que ce à quoi le groupe nous avait habitués jusqu’alors. Et un EP au final quasiment aussi long que ce nouvel album (29 minutes contre 31). Parfois la qualification d’EP tient à rien… Bref je vais je pense aller rattraper l’album raté de 2015 mais en attendant il est aussi bon de savoir que The Parlor Mob a donc sorti un album en 2019 et qu’il est plutôt réussi malgré un registre parfois étonnamment plus pop à l’image du single « Someday » que vous pouvez écouter ci-dessous, même si l’ADN du groupe est bel et bien toujours là (« House of Cards » vous en convaincra).

Ko Ko MoLemon Twins (Les Disques en Chantier)

Pas étonnant de passer de The Parlor Mob et de terminer avec Ko Ko Mo tant le duo français des jumeaux citron me semble vraiment œuvrer dans un registre extrêmement proche. Rendant également hommage à Led Zeppelin à sa manière, mais dans un registre direct et rock et moins porté sur le blues qu’un Rival Sons (ce qui nous va bien vous l’aurez compris), les français montrent également leur habileté à œuvrer dans un registre plus « développé » avec notamment un titre absolument formidable (« 25 again »), sorte de « Kashmir » 2019 avec en guest Leila Bounous qu’on a pu entendre dans le groupe nantais Orange Blossom. Indépendamment de ce titre, Lemon Twins est un album absolument réjouissant et réussi qui souffle un vent de fraîcheur sur le paysage rock français.

krakoukass

Chroniqueur

krakoukass

Co-fondateur du webzine en 2004 avec Jonben.

krakoukass a écrit 905 articles sur Eklektik.

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